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DENIS ROBERT parle de son Exposition « Global village » du 16 au 29 juin 2012 - Paris





DENIS ROBERT parle de son Exposition « Global village » du 16 au 29 juin 2012 - Paris
« On me demande souvent d’expliquer les raisons pour lesquelles je me suis mis à peindre. Un de mes livres –
édité, publié, distribué – a été interdit à la vente. Il a été retiré des librairies, des FNAC, des Virgin, des points
de vente des gares… J’ai assisté à une scène gare de l’Est : des types prennent mon livre des mains de lecteurs et
le rangent dans des cartons. Terminé. Cela a été un déclic. Interdit d’écrire, il me fallait trouver un ressort. Au
coeur d’une affaire d’Etat, balancé entre les mensonges des uns et les pressions des autres, mon histoire
personnelle prenait au printemps 2006 une tournure si complexe, qu’aucun article, aucun livre, aucun film ne
pouvait, à mes yeux, la restituer. La rendre intelligible. Tout cela – ce cirque médiatique, ce barnum judiciaire,
ce délire financier, cette tragicomédie politique – devenait si improbable, si intéressant, qu’il fallait m’élever,
prendre du recul. Je savais que le temps jouait pour moi.
L’art évite les palabres inutiles. Tout est sur la toile. Tout est sur la toile, surtout ce qui n’y est pas. J’ai
commencé par imprimer des listings bancaires – ceux de Clearstream – sur des toiles. Puis j’ai écrit sur ces
listings. La confrontation de ces deux univers – le langage froid et numérique de l’argent, mon écriture rageuse
ou hésitante – créait une émotion doublée d’un paradoxe. C’était le début. L’intuition. Mon histoire quittait le
champ politique pour devenir artistique. Des formes, des personnages, des couleurs ont fait leur apparition.
Mes premières toiles sont les pièces d’un puzzle géant qui esquisse une représentation du pouvoir de la finance.
De mon combat en principe perdu d’avance. J’ai ensuite eu ma période « Junk ». J’ai utilisé des matériaux de
récupération, des fragments de carnets personnels, des photos, des articles déchirés, les transformant,
inscrivant mes codes et mes histoires sur des images du monde. J’ai poursuivi mes recherches sur une matière
plus cérébrale, plus intime : le cortex. Puis je suis revenu à « mes plans ». Cette obsession que je poursuis de
mettre le monde en équation. Un fond noir. Des cases blanches. Des mots blancs. Des signes. Des traces. Des
pensées.
Pour cette exposition « Global village », j’ai travaillé dans trois directions, sur trois supports. Des cartons
imprimés de listings bancaires de petit format sur lesquels j’écris ou dessine les idées qui me traversent, livrent
un moment. C’est ma récréation. Généralement courte, intense et colorée. Je peins aussi sur des toiles qui sont
comme les pages déchirées d’un agenda sur lequel je cherche et note des idées, dessine, fais des schémas. Ces
pages sur fond noir – avec la date et le Saint du jour gravés en haut à droite– sont les premières d’une série qui
va forcément évoluer. Aucune copie, aucun système. Un agenda. Chaque jour est une nouvelle histoire. Chaque
histoire s’intègre dans un ensemble qui raconte le monde. Troisième direction, ce « Global village » financier
que je mets en plan(s).
La finance étant invisible, la réalité avance masquée. J’essaie, à ma manière, de lever une partie du masque. Des
réseaux, des espaces, des zones d’influence, des lieux de pouvoir, des territoires apparaissent. Appelons ça le
syndrome Goldman Sachs, Barclays, Fitch, Citigroup… Comme on veut. On cherche, on gratte, on tire un fil et
on les retrouve toujours ces hommes qui trustent et infiltrent les banques, les fonds de pensions, les agences de
notation, les chambres de compensation, les médias, les partis politiques… Je fabrique ces plans pendant de
longues immersions où je mets à peine le nez dehors, fonctionnant, concentré, à l’instinct, grâce à mes notes,
mon expérience, Internet. Parfois je m’amuse, mais rien de ce qui figure sur ces plans n’est fortuit. Je pourrais
les continuer à l’infini. L’ensemble donne une image ramifiée et sinueuse du monde. Forcément esthétique.
La puissance destructrice des marchés financiers est virale. Elle tient du gaz toxique. On ne sait jamais vraiment
d’où va venir la fuite. Le mauvais coup. Les acteurs des trafics sont des affranchis. Ils échappent à tout contrôle.
Ils participent à la décomposition des formes politiques et culturelles. On peut s’en accommoder, s’en foutre.
Personnellement, ça m’intéresse. A partir du moment où on cerne mieux les règles cachées, on peut participer à
changer leurs effets sur le réel. J’ai ce rapport de force en tête quand je gratte mon noir avec mes blancs. Je sais
que c’est infime. Fragile. Je fabrique des traces qui laissent des traces.
Petit, je crayonnais dans les marges de mes cahiers, ensuite, le journalisme et l’écriture ont occupé tout le
terrain. Mon premier ingrédient, ce sont les mots, leur texture plus que leur sens immédiat. Ma matière c’est le
journalisme, l’enquête, la finance, la vie politique, le pouvoir, la solitude, la détresse, la mémoire, nos
renoncements, nos espoirs, l’avenir. Une matière hyper contemporaine. M’enfermer à intervalles réguliers entre
les quatre murs d’un atelier, mettre en place mes châssis, noircir de grandes toiles blanches, faire glisser mes
craies grasses sur ce noir, choisir une couleur, évaluer l’épaisseur d’un trait, imaginer des personnages, des
phrases, des associations - en un mot peindre- est désormais devenu pour moi une nécessité. Ce qui me plaît
aussi c’est que certains collectionneurs, notamment chinois ou brésilien, emportent mes toiles et ne savent rien
de tout cela. Ils aiment. C’est tout. »

DR/ 4 juin 2012.

[2009]. Témoignages L'oeuvre de Denis Robert : Des personnalités de la presse, de l'édition, de l'art, de la politique, de la finance... réagissent.


En savoir plus

DENIS ROBERT parle de son Exposition « Global village » du 16 au 29 juin 2012 - Paris
GALERIE W – info@galeriew.com – 01 42 54 80 24 – http://www.galeriew.com
 Exposition « Global village »
Exposition du 16 au 29 juin 2012 / Inauguration samedi 16 [15:00 20:00 +]

Rédaction RENDEZVOUSCHIC
La rédaction du Magazine Luxe, Chic et design. En savoir plus sur cet auteur

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